[Témoignage Transmission] Yves Vanhoecke, un parcours en agriculture biologique et une transmission construite dans le temps

Yves Vanhoecke était installé à Sainte-Marie-d’Attez, sur le plateau de Saint-André, à la tête de l’EARL Yves Vanhoecke – Dame Marie. Son exploitation, orientée en grandes cultures biologiques, comptait jusqu’en 2019 une SAU de 124 hectares, dont 2,4 hectares de prairie permanente, pour une unité de travail humain. Les terres, de potentiel moyen et limité, étaient conduites en agriculture biologique, avec une commercialisation via la coopérative Biocer et des débouchés en luzerne auprès d’éleveurs.

La conversion de l’exploitation à l’agriculture biologique s’est déroulée entre 1997 et 2006. À l’échelle du canton, Yves était l’un des rares producteurs bio, dans un contexte d’isolement géographique. Malgré ces contraintes, la ferme s’est progressivement structurée et a acquis une reconnaissance pour ses performances techniques et économiques. L’exploitation était autonome en matériel, ce qui constituait un atout important en vue de la transmission.

Les objectifs professionnels d’Yves étaient de maintenir de bons résultats technico-économiques et de moderniser l’outil de production afin de pouvoir transmettre une exploitation cohérente et fonctionnelle.
Un engagement fort dans les réseaux bio.

Parallèlement à son activité agricole, Yves Vanhoecke s’est fortement engagé dans les structures de l’agriculture biologique. Il a été administrateur du GRAB Haute-Normandie, de l’ITAB et de la FNAB, et président de la coopérative Biocer de 2007 à 2014. Ces engagements ont accompagné et structuré son parcours professionnel en agriculture biologique.

La rencontre avec le repreneur et le début de la réflexion sur la transmission

Yves a trois enfants, non intéressés par une reprise agricole. La réflexion sur la transmission s’est amorcée à partir de 2010, lorsqu’il rencontre Romain Wittrisch, alors apprenti à Biocer. Yves collabore avec lui dans le cadre de travaux d’expérimentation, puis Romain intervient ponctuellement sur la ferme.

En 2012, la ferme que Romain envisageait initialement de reprendre est finalement reprise par une autre personne. Il en discute avec Yves. À partir de ce moment, une relation de confiance s’installe et Yves commence à envisager la possibilité d’une transmission hors cadre familial. L’organisation de Cultur’Bio sur la ferme des Mésangères, portée par le GRAB Haute-Normandie et Biocer, constitue un élément structurant dans leur relation.

Préparer l’outil de production à la transmission

À partir de 2013, Yves engage des investissements visant à moderniser et sécuriser l’outil de production. Il investit notamment dans une unité de réception, de triage, de stockage et d’expédition du grain. En 2017, Yves mène un travail de clarification avec son frère, céréalier conventionnel, avec qui il partageait une partie du matériel. Cette réflexion aboutit à la fin de leur collaboration professionnelle, à l’initiative de son frère. Ce travail permet néanmoins à Yves d’anticiper plus concrètement la transmission de son exploitation.

En 2018, Yves investit environ 80 000 € dans du matériel qu’il ne partageait plus, dont l’achat d’un tracteur neuf dédié aux travaux en agriculture biologique. Ces investissements permettent de rendre le repreneur matériellement indépendant. En juillet 2018, les promesses de baux des propriétaires sont signées.

La cession et l’installation du repreneur

La transmission est une transmission hors cadre familial, avec le remplacement d’un agriculteur individuel par un autre agriculteur individuel. Yves cesse son activité en octobre 2019 et fait valoir ses droits à la retraite. Romain Wittrisch s’installe alors sur l’exploitation.

Sur les 124 hectares, 115 hectares sont loués au repreneur. Le foncier se répartit ainsi : 8 hectares en propriété d’Yves, 36 hectares issus d’une donation-partage, 71 hectares appartenant à deux propriétaires tiers, et 7 hectares appartenant au père d’Yves, qui a choisi de ne pas louer ces terres au repreneur retenu par Yves, préférant les louer à son autre fils en conventionnel. Ce choix a généré des tensions familiales, qui se sont résolues par la suite.

Les deux principaux propriétaires ont signé un bail avec Romain. Celui-ci s’est installé sur 115 hectares, une surface jugée nécessaire pour faire face aux annuités. Les bâtiments (hangar et grange) sont loués. Romain achète à Yves l’installation de stockage et de triage, d’une capacité de 250 tonnes, ainsi que l’ensemble du matériel : chaîne de traction, récolte et transport, matériel spécifique à l’agriculture biologique, et autres immobilisations. L’ensemble des immobilisations, DPB, améliorations et façons culturales est cédé pour un montant de 580 000 €. La maison d’habitation est rachetée par Romain aux parents d’Yves.

Un bilan professionnel et humain positif

Le parcours professionnel d’Yves Vanhoecke est marqué par son passage à l’agriculture biologique il y a plus de vingt ans. Il considère son parcours bio comme une réussite, tant sur le plan professionnel que personnel. La transmission de son exploitation en agriculture biologique, dans la continuité du projet engagé en 1997 et en cohérence avec le modèle défendu par les réseaux bio, constitue l’aboutissement de ce parcours.

« L’installation de Romain est réussie. La transmission des terres a été difficile, mais la donation-partage mise en place par mes parents avant ma cession d’activité a permis de dissiper les tensions familiales et de renouer. Le patrimoine en agriculture, c’est très compliqué. »

La transmission aura nécessité près de sept années de réflexion et de préparation, entre la rencontre avec le repreneur et la cession effective. Elle met en lumière l’importance de l’anticipation, de l’investissement du cédant et des choix patrimoniaux dans la construction d’une exploitation viable et transmissible en agriculture biologique.

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