Créer sa ferme maraîchère bio dans le Mortainais : le parcours d’installation de Nicolas, installé depuis 2022

Nicolas n’envisageait pas d’être agriculteur depuis sa tendre enfance, et son parcours ne suit pas la trajectoire classique d’une vocation précoce ou d’une reprise familiale évident. Même s’il a grandi dans un environnement agricole, il choisit un autre chemin. Après avoir réalisé un bac professionnel en mécanique agricole puis un BTS technico-commercial, il travaille pendant presque dix ans comme salarié dans le secteur du matériel agricole. 

Mais au fur et à mesure des années, l’entrepreneuriat prend de plus en plus de place dans son esprit, et l’idée d’être à son compte prend racine. Cette aspiration ne prend pas immédiatement la forme d’un projet agricole précis. Elle flirte avec plusieurs domaines professionnels. Rapidement, l’agriculture s’impose. 

Une orientation progressive vers l’agriculture

Alors que l’idée de s’installer en tant qu’agriculteur devient de plus en plus concrète, Nicolas élimine différents parcours. L’élevage, notamment, ne correspond pas à ce qu’il souhaite, préférant les cultures céréalières et protéagineuses. « Je ne voulais pas d’élevage. C’était la condition. Le tout premier projet, c’était plutôt culture céréalière, protéagineux ». Néanmoins, la complexité de l’installation et les montants financiers nécessaires au démarrage freinent rapidement son enthousiasme. 

Le maraîchage vient alors s’imposer comme une alternative plus accessible. Même si cette production demandes des compétences techniques avec lesquelles il n’est pas familier, une forte implication physique et une présence quotidienne, elle permet de démarrer avec des investissements plus raisonnables et de réaliser une installation économiquement plus progressive. 

A ce stade du parcours, Nicolas n’a aucune expérience concrète en maraîchage. Il décide donc de reprendre une formation et s’engage dans un BPREA à Laval. Cette étape jouera un rôle central dans la construction de son projet. 

Se former pour mieux se projeter

Se former a permis à Nicolas de prendre du recul et de structurer sa réflexion. Pendant plusieurs mois, il travaille sur un projet d’installation, visite des fermes, échange avec d’autres agriculteurs, et confronte ses idées à la réalité du terrain. L’installation ne se limite pas à la production mais elle implique des choix d’organisation, de gestion et d’équilibre de vie. 

Cette formation va alors servir de cadre, notamment parce qu’elle oblige à ralentir, à réfléchir et à faire des choix. « Le BPREA a permis quand même de réduire le champ des possibles. Au début, ça part un peu dans tous les sens. On va faire du maraîchage, du petit fruit, l’accueil à la ferme, un peu d’apiculture, un peu de machins, un peu de trucs. Puis, on se rend compte que ce n’est économiquement pas possible. » Le projet se recentre et se simplifie. Avec le recul, il est convaincu que sans cette étape de formation et de réflexion, son installation aurait été plus amplement fragile. 

L’installation : un parcours long et semé d’imprévus

L’installation de Nicolas s’inscrit dans un processus dépassant largement la date officielle, puisque son parcours va durer plus d’un an, gravitant autour de la recherche de foncier, des visites de fermes, des négociations bancaires, le montage du prévisionnel économiques, les demandes d’autorisations d’exploiter, ou encore les demandes d’aides régionales. 

Côté foncier, la ferme qu’il finit par acheter est trouvée presque par hasard, via une annonce Le Bon Coin, après quelques visites d’autres biens. Le lieu correspond alors à son projet agricole et à sa vie personnelle. La maison, la surface disponible, la localisation géographique et la proximité familiale sont des atouts qui vont décider Nicolas et sa compagne à choisir cette ferme pour s’y installer. Ici, l’installation agricole concilie forcément viabilité économique et équilibre de vie personnelle. 

Les démarches administratives peuvent comporter un certain degré de complexité, notamment lié aux délais de traitement, des dossiers incomplets, des reports d’autorisations ou des aides conditionnées à d’autres validations. Certaines décisions nécessitent plusieurs mois, c’est pourquoi il est important d’anticiper ces étapes administratives. 

Démarrer à taille humaine

Nicolas fait le choix d’une installation individuelle, fondée sur une stratégie visant à maîtriser le niveau d’investissement et l’endettement. Il engage l’activité avec un recours limité à l’emprunt, sans apport initial significatif, et s’inscrit dans une logique de développement progressif. 

Le maraîchage diversifié lui permet cette approche. Il investit dans l’essentiel : serres, irrigation, matériel de travail du sol. Certains achats sont faits d’occasion, d’autres neufs. Comme beaucoup de jeunes installés, il commet aussi quelques erreurs, en achetant parfois trop vite du matériel qui ne correspond pas parfaitement à ses besoins. Mais ces ajustements font partie de l’apprentissage.

Le choix de l’agriculture biologique s’impose naturellement. Nicolas ne souhaite pas utiliser de produits chimiques de synthèse. Le bio représente à la fois une cohérence personnelle et une reconnaissance auprès des consommateurs. Il cultive aujourd’hui une trentaine de légumes, en plein champ et sous serre, avec l’objectif constant de proposer une gamme variée, sans se disperser.

Produire et vendre : trouver le bon équilibre

La commercialisation est l’un des aspects les plus complexes du métier. Nicolas teste différents circuits : marchés, vente à la ferme, paniers hebdomadaires, distributeurs automatiques, restauration collective. Travailler seul oblige à trouver un équilibre délicat entre le temps passé à produire et celui consacré à vendre. Avec le temps, Nicolas parvient à stabiliser ses ventes et à mieux anticiper ses besoins de production.

Il participe également à la création d’un collectif de producteurs maraîchers : « On a monté une association, le collectif C2MS . Comme ça, on parle d’une seule voix auprès de la restauration collective ». Cette démarche permet de mutualiser les efforts, de répondre à des marchés plus importants, notamment en restauration collective, et de rompre l’isolement sans perdre son indépendance. 

Le quotidien d’un maraîcher installé

Le métier implique des sollicitations physiques et mentales. En période de production, Nicolas travaille entre 50 et 60 heures par semaine. Le travail est physique, mais il insiste sur l’importance de durer. « Ce n’est pas un sprint. Si on veut faire ça pendant des années, il ne faut pas trop se claquer au démarrage. Il faut faire gaffe aux épaules, au port de charge. Il ne faut pas hésiter à s’équiper pour certains trucs ». Pour lui, l’installation ressemble à un marathon. Il faut apprendre à préserver son corps, à s’équiper, à organiser son travail pour éviter l’épuisement. 

Être à son compte, c’est penser en continu à son activité. Semis à anticiper, commandes à passer, administratif à gérer, imprévus quotidiens… Il n’y a pas de cadre extérieur. Personne ne dit quoi faire ni quand le faire. Il faut apprendre à se discipliner, à hiérarchiser, à se motiver soi-même.

Une réussite discrète mais essentielle

Après plusieurs années d’activité, l’équilibre économique de la ferme reste fragile mais réel. Les revenus générés par l’activité agricole, particulièrement en phase initiale, sont généralement modérés et nécessitent des choix entre prélèvement personnel et réinvestissement.

La réussite principale de l’installation réside dans sa continuité à ce jour. Avoir tenu, appris, ajusté, transformé progressivement le lieu et construit une activité qui fonctionne.

S’il devait s’adresser à des porteurs et porteuses de projet qui envisagent de s’installer en agriculture, il leur dirait qu’il est important de considérer tous les aspects du métier : les contraintes, la charge de travail et les responsabilités. Il est aussi important de se former, de visiter des fermes, d’échanger avec des agriculteurs déjà installés, et de prendre le temps de construire son projet cohérent avec les envies, les limites, et la réalité personnelle de chacun. « Moi, sans le BPREA, mon projet n’aurait pas été viable, c’est sûr. Ah oui. Ça donne quand même pas mal de clés, et en fait, on est coincé pendant 10 mois à réfléchir sur son projet. »

Car lorsqu’il est réfléchi, assumé et adapté à celui ou celle qui le porte, le projet d’installation agricole peut devenir une aventure exigeante, mais profondément formatrice et porteuse de sens.